La mine de baryte

Aux environs du hameau de Dizimieux, sur le versant sud des Tourettes, les traces d’une exploitation minière subsistent. On en parle en disant : « la mine de baryte ».

La baryte est un minerai, également appelé « barytine ». Il s’agit d’un sulfate de baryum (BaSO₄). Son nom vient du grec ancien « barus » qui signifie « lourd ». En effet sa densité est élevée bien qu’il soit assez tendre.
La baryte peut prendre toutes les formes propres aux cristaux. Les plus communs sont les cristaux tabulaires, « crêtés » et les cristaux allongés. Ils peuvent prendre des couleurs très variées : blanc à rosé, jaune à brun, rougeâtre, verdâtre, gris-bleu ou incolore.
Ce minéral est utilisé comme charge dans l’industrie du papier, des plastiques, des peintures et des vernis. Il est également utilisé comme boue lourde lors des opérations de forages pétroliers. Le baryum qui en est extrait est utilisé comme radio-opacifiant en médecine. Recombiné en carbonate (BaCO₃), le baryum entre dans la composition de certains verres utilisés en optique.
La baryte peut également être taillée, mais cette gemme simple, d’une faible dureté et d’une grande sensibilité aux variations thermiques en font un matériau bien trop fragile pour être travaillé en joaillerie.

Revenons à notre mine de baryte

L’historien Nicolas François Cochard, dans sa « Notice historique et statistiques concernant Longes et Trèves » du XIXème siècle, nous précise :

« À deux cents pas au-dessus du hameau de Disimieu, est un puits d’où on a extrait, il y a un demi-siècle, du plomb argentifère*. »

*Plomb argentifère : aussi appelé « galène », utilisée pour nos premiers postes de radio.

Les Romains, qui possédaient de nombreux ateliers de poterie dans la région, se servaient de la baryte pour décorer leurs objets. Peut-être s’approvisionnaient-ils aux Tourettes ?

Le site peut être localisé tout au bord du chemin qui relie le hameau de Dizimieux à celui de Marlin, sur les contreforts de la colline des Tourettes.

Il y a une quarantaine d’années, l’on pouvait encore voir, sur la gauche, dans le virage au début de la côte qui fait face au cimetière de Dizimieux, un gros trou appelé alors « le trou de baryte ». Plus haut, toujours à gauche, les plus anciens nous diront que l’on entrevoyait la sortie d’un souterrain équipé de rails où circulaient des wagonnets.

Il y avait aussi une grande roue, équipée d’un long timon où des chevaux étaient attelés. Les bêtes tournaient comme dans un manège et créaient ainsi la force motrice utile pour tirer les wagons remplis de minerai. Aujourd’hui, toute trace de cette activité a disparu.

L’entrée du souterrain se trouvait à l’emplacement du gros pylône électrique.

À environ un kilomètre, toujours sur le même chemin, les vestiges de l’exploitation à ciel ouvert sont discrets mais encore visibles : un trou d’une dimension surprenante et quelques tranchées.

Toujours selon Nicolas Cochard :

« Ce puits aurait été ouvert par un ouvrier allemand, de concert avec le propriétaire du sol. Ils en avaient retiré une grande quantité de minerai dont ils firent de la fausse monnaie. Poursuivis pour ce crime, ils s’enfuirent, et les travaux commencés ne tardèrent pas à être inondés par les eaux souterraines qui s’y introduisirent. »

L’histoire ne dit pas si nos deux compères ont été rattrapés, ni ce qu’il est advenu de ces deux hommes…

Nicolas Cochard relate ensuite :

« Depuis quelques années, on a reconnu sur un terrain communal, à mi-coteau de la montagne de Tourette, des indices d’une mine de plomb assez riche, et une carrière considérable de sulfate de baryte.

Quelques propriétaires de verrerie à Rive-de-Gier ont activement exploité cette dernière substance comme très essentielle à la composition du verre ; mais la municipalité a voulu en tirer parti au profit de la commune. Elle a défendu à ces extracteurs de continuer leurs travaux et a pris des mesures pour faire jouir le commerce du fruit de cette découverte.

Tout porte à croire que cette nature de pierre deviendra pour les habitants une source d’industrie, à cause des charrois* que son transport occasionnera, et que la commune y trouvera un revenu quelconque qui lui permettra de réparer ses routes… On craint que la difficulté de se procurer de l’eau pour laver le minerai et le mauvais état des chemins n’éloignent les concessionnaires. Cependant, dans le siècle où nous sommes, ces obstacles peuvent être facilement levés : les sciences ont pris un tel essor qu’il n’est plus rien d’impossible à l’homme…

Si l’exploitation de notre mine fit travailler sans doute bien des hommes, on ne sait combien de minerais furent ainsi extraits de notre sous-sol. Son exploitation fut émaillée d’innombrables rebondissements tant les concessionnaires se succédèrent.

* Charroi : transport effectué par charriot ou par charrette.

Louis Germain a longuement expliqué, dans un ouvrage dédié à l’histoire de notre commune, ce que fut l’histoire rocambolesque et tumultueuse de l’exploitation de notre mine entre 1820 et 1914.

« À l’autre extrémité de la commune, un gisement de baryte fut pour le conseil municipal de Longes, soucieux d’équilibrer le budget sans imposer ses compatriotes, l’occasion de grands espoirs souvent ravivés, toujours déçus. »

L’histoire vaut la peine d’être contée…

En voici les principaux épisodes :

En 1820, le conseil municipal, considérant l’intérêt de l’opération et qu’il serait difficile à la commune de s’en charger, autorisa les sieurs Baude et May de Rive-de-Gier à faire des fouilles sur un terrain communal afin de reconnaître la direction et la qualité d’une mine de plomb sulfure. Le conseil exigeait malgré tout un dédommagement pour les dommages et un tribut proportionnel à l’importance des matières extraites.

En 1824, aucune suite n’ayant été donnée à la demande précédente, un sieur Donzel, se prétendant concessionnaire de Baude et May, entreprit de construire de sa propre autorité, ouvrit un puits et transporta les déblais à Rive-de-Gier malgré les observations réitérées du maire. Le conseil délibéra et décida de le mettre en demeure de démolir la construction, de cesser son exploitation et de payer des dommages et intérêts. Il fut alors estimé que la préférence de l’exploitation serait donnée aux propriétaires voisins déjà en jouissance des terrains communaux.

La même année, la commune de Châteauneuf, poussée par Donzel, revendiqua les communaux sur lesquels se trouvait la mine, estimant avoir été spoliée par les limites administratives fixées en 1790. La commune de Longes réfuta avec succès cette argumentation.

En 1836, le conseil municipal décida la mise en adjudication du site, qui était en définitive une mine de sulfate de baryte, intéressée notamment par la verrerie de Rive-de-Gier.

En 1848, le conseil accepta, sous conditions, la demande de fouilles de monsieur Ruol, ingénieur des mines.

En 1852, la baryte ne rapportait plus rien : les espérances de revenu de la commune s’en trouvaient ruinées.

En 1853, le maire de Longes fut soupçonné par le préfet d’avoir exploité à son profit la carrière de baryte des communaux. Le conseil réfuta l’accusation, arguant que la gestion avait été irréprochable, même si les comptes n’avaient pas été tenus correctement.

En 1855, des décisions furent prises pour fournir à monsieur Niequerier, maître verrier à Givors, quarante à cinquante tonnes de baryte.

En 1856, un contrat fut signé entre la commune de Longes et messieurs Olivier et compagnie, domiciliés à Lyon. La commune leur cédait le droit d’exploiter pendant cinq ans la carrière de sulfate de baryte des Tourettes, moyennant redevance et obligation d’extraction minimale de cent mètres cubes par an. L’exploitation était exclusive, mais la commune conservait la possibilité de faire intervenir d’autres opérateurs en cas de non-respect des conditions. Les concessionnaires devaient maintenir la carrière en bon état et la restituer en fin de contrat, tandis que la commune garantissait la viabilité du chemin d’accès sans coût supplémentaire pour eux.

En 1861, le conseil approuva une convention entre le maire et messieurs Buisson et Barodet : achat de deux cents tonnes de baryte, avec paiement fixe même en cas de quantité inférieure, sans prise en charge des frais d’exploitation ou de transport par la commune. Cette convention se prolongea avec diverses modifications jusqu’aux environs de 1870.

En 1889, la mine refit parler d’elle. Le conseil modifia un contrat avec messieurs Paret et Fond, cultivateurs à Châteauneuf, avec baisse de redevance et suppression de minimum garanti.

En 1893, messieurs Paret et Dervieux signèrent un nouveau contrat de trois ans : redevance augmentée mais exploitation limitée, entraînant une baisse du revenu communal.

En 1907, un nouveau contrat de gré à gré fut signé pour cinq ans (1908-1913), avec prorogation possible de cinq années supplémentaires, avec monsieur Benoît, ingénieur des mines à Marseille. Celui-ci se substitua successivement à divers sous-traitants, preuve que l’affaire demeurait peu rentable.

La guerre de 1914 mit fin définitivement à toute velléité d’exploitation.

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